Lettre à celui qui vient de perdre un proche

Comment affronter la mort

Imaginez la situation suivante : vous êtes perdu en forêt, il a fortement neigé et vous ne pouvez pas avancer à pied tellement vous vous enfoncez dans la neige. Dans cette situation, vous avez froid et vous êtes angoissé parce que vous ne savez pas vers où aller ni comment progresser car même si vous disposez de skis, vous ne savez pas de surcroît vous en servir.

La perte d’un proche vous projette dans une situation similaire.

Vous êtes perdu car la situation est heureusement exceptionnelle, on ne perd pas tous les jours un proche et les conséquences que cela entraîne sont des circonstances particulières.

La neige qui est tombée est comparable aux difficultés qui se sont accumulées au fur et à mesure de l’acheminement vers le décès et les obligations les plus diverses qui suivent immédiatement la mort d’un proche apparaissent d’emblée comme un risque d’enlisement. Non seulement la peine nous foudroie mais de surcroit, on dirait que la société voudrait nous voir encore plus actif du fait qu’il faut organiser puis participer aux funérailles.  Paradoxalement, c’est précisément dans ces circonstances qu’on a le plus besoin d’être épargné et en paix.

Le deuil et la douleur sont des mots qui proviennent de la même racine et qui désignent un état somme toute désagréable, agressif et voué à être résolu.

Vous voilà donc perdu, bloqué, réfrigéré et sans ressources pour avancer alors que c’est nécessaire, autant pour vous que pour les autres qui comptent sur vous.

Bien entendu vous pourriez vous débrouiller seul, avec toutes les difficultés que cela représente et même échouer finalement à vous sortir de ce mauvais pas, tout est malheureusement possible.

Les skis que vous allez trouver à portée de mains, dans l’image que nous vous proposons pour comprendre la situation, ce sont les rites funéraires. Ils vont vous permettre d’avancer en glissant sur vos blocages psychologiques et physiques. Ils vous permettront de ne plus de vous enfoncer dans les difficultés et somme toute ils vous dirigeront peut être sur un chemin qui mène «au chaud et au sec », dans la chaleur retrouvée du confort intérieur.

 

Vers le réconfort

Vous n’allez certainement pas vous lancer comme çà, tout droit en pleine neige. Vous allez au contraire chercher des traces de passage et si possible vous essayerez de les suivre.Les rites ce sont les skis, nous l’avons dit, les traces, c’est l’usage que nos prédécesseurs en ont fait.

Tous les concepts intellectualisés ne valent pas la force des habitudes comme motivation d’action face au stress généré par la mort. Pour preuve, l’athée qui ne croit en rien a lui aussi besoin d’un rite en de telles circonstances. On invente pour lui un rite civil car lui aussi, l’athée, a besoin de retrouver «le chemin qui mène au réconfort.

La réaction efficace, à la suite d’un décès, est donc de se référer aux habitudes suivies jadis par ceux qui nous ont précédé dans la même situation. Cela nous ancre inévitablement dans un système culturel parce qu’il faut identifier des habitudes, des coutumes, pour s’orienter dans de telles circonstances. Ces repères sont soit puisés dans la tradition de notre enfance, soit dans la tradition que l’on a adopté en cours d’existence. 

 

Le rôle du guide

 

Pour permettre aux endeuillés de savoir comment affronter la mort,  les professionnels funéraires interviennent auprès des proches du défunt en dépassant bien souvent le caractère concret et pratique de leur mission. Au delà d’une simple fourniture de produits et services, il s’agit d’accompagner les familles et leur entourage. Outre l’accomplissement des funérailles, il faut aussi régler les soucis qui en découlent, d’ordre matériel ou psychologique.

Avertissement : «Aussi évidente que soit la nécessité d’être aidé dans une épreuve abordée avec l’handicap de l’ignorance et du chagrin, il est cependant tout indiqué de faire preuve de discernement à cette occasion :

- Au niveau de celui qui se laisse guider, il ne faut pas se laisser dominer par ses peurs, peur du mort, peur des autres, peur de ses sentiments, peur de l’image que l’on donne de soi, peur de ne pas être à la hauteur etc. Mieux vaut lâcher prise, desserrer l’étau et oser vivre pleinement les phases de la dernière proximité avec le défunt.

- Pour celui qui doit guider autrui en de telles circonstances, l’important n’est pas qu’il puisse justifier son rôle ou ses conseils mais plutôt de prendre réellement en compte les besoins conscients ou refoulés de son ou ses interlocuteurs».

Faire face au décès d’un proche nécessite donc l’intervention d’une harmonie entre l’aidé et l’aidant prenant en compte la détermination d’un but légitime et double :

-        donner au défunt un traitement et une destination légitimes

-        permettre à celui qui reste de surmonter son traumatisme et de faire face à ses obligations

L’écueil possible : La détermination de la marche à suivre est très délicate car il est toujours abusif (et facile de jouer sur ce registre) d’exercer une pression sur l’endeuillé avec l’argument du devoir de respect dû au défunt. L’expression «il valait bien çà  ou il l’a bien mérité» peut agir comme une pression à dépenser et à l’inverse peut créer des résistances tout aussi néfastes comme la formulation de dernières volontés excessivement simples, «pour ne pas ennuyer ceux qui restent».  D’un côté il y a risque de faste abusif et insensé, de l’autre il y a l’option de funérailles pauvres dans tous les sens du terme, notamment sur le plan humain.

La bonne attitude : La détermination des choix effectués pour organiser les funérailles relève d’un double besoin : ne pas faire violence au mort et réparer le vivant. Ce sont des principes généraux qui appellent des réponses variables en fonction des circonstances précises, au cas par cas,  autant sur le plan psychologique que pratique.

 

Souffrir mais grandir

 

         La perte d'un proche, expérience difficile

Tout ce qui concerne les funérailles est basé essentiellement sur l’idée que peuvent s’en faire ceux qui restent. Pourtant les obsèques peuvent et doivent répondre autant aux besoins supposés du mort qu’aux attentes affectives et mentales des vivants confrontés à la mort. Celle-ci les interpelle par sa signification et ses conséquences (une cérémonie civile, demandée par des athées ou des agnostiques n’échappe pas à cette règle).

Le fondement même des rites funéraires s’adresse tout autant à des émotions qu’à des conceptions réfléchies permettant à l’endeuillé de se situer face au décès survenu avec aussi, en arrière pensée, la perspective de sa propre mort.

Tout se passe donc dans la tête même si, au cours des funérailles, les vivants sont amenés à ressentir, observer, agir, se déplacer, parler etc. Les actes se mettent alors au service des pensées. Plus qu’ailleurs et dans d’autres circonstances, ils prennent du poids, de la gravité et de la puissance.

Le vécu des rites funéraires agit alors constamment comme un aller-retour entre ce que l’on ressent et ce que l’on pense. Et même ensuite, face à la tombe, il est question de comprendre tout d’abord ce que l’on ressent et ensuite de ressentir ce que l’on a compris.

Les rites funéraires servent donc à accueillir le plus positivement possible de l’avènement d’un décès.

Car, si à priori les conséquences du décès sont vécues comme autant de blessures, de pertes et d’handicap pour les proches endeuillés, la douleur qui s’exerce sur eux est motrice d’une évolution si les funérailles ont été vécues avec densité, action, émotion et méditation.

La bonne piste, quelle que soit son prix matériel, est celle qui permet à l’endeuillé d’accomplir un parcours psychologique. L’endeuillé peut alors vivre une mutation positive de sa personnalité, plus riche, plus mature, plus forte et globalement plus humaine et sensible.

La mauvaise piste, elle aussi quelle que soit son prix matériel, est celle qui débouche sur un rabougrissement de personnalité, frileux, frustré, aigri et globalement plus égoïste.

Dans l’une ou l’autre des perspectives, la douleur est toujours au rendez-vous. Bien souvent, pour qu’elle soit constructive, il faut qu’elle se soit libérée dans les différentes étapes qui constituent les rites du dernier hommage puis du culte du souvenir. A l’opposé, refuser la douleur en la fuyant tout d’abord, notamment au moment des funérailles, ne fait que retarder son avènement et lui donner encore plus de puissance après coup. Il y a dans ce cas risque d’une douleur destructrice, ce que les psychologues définissent généralement par l’appellation «deuil compliqué».

 

L’éclosion salutaire du deuil

 

Dire comment les rites funéraires agissent dans l’esprit humain revient à découvrir comment progressent la personnalité et les pensées intimes de quelqu’un. On ne franchit une étape intérieure qu’en mobilisant l’intégralité de son être. Un rite doit donc activer le corps, les sentiments et l’esprit de ceux qui y participent.
Il est possible de tracer les contours des émotions et des pensées vécues par l’endeuillé dans les premiers jours suivant le décès. L’émotion est à l’origine du déferlement de la souffrance. C’est par elle que se manifeste principalement le deuil. Plus subtile est la tempête des pensées assaillant l’esprit de l’endeuillé.

En effet, le monde de la pensée est double comme l’impose le fonctionnement de notre cerveau. Il y a la partie consciente (intellectuelle) et son opposé et complémentaire activité inconsciente (domaine de l’intuition et de l’inexplicable rationnellement).  Un rite met tout cela en route, des sentiments, des pensées raisonnables et des réactions dites irrationnelles. Bien entendu, l’ensemble s’appuie sur une base matérielle, physique, ordonnançant toute une série d’actions autour du cadavre.
Autant dire que les rites funéraires mettent en œuvre des niveaux très différents du ressenti humain. Un détail matériel comme la possibilité de s’asseoir, par exemple, peut comporter des répercussions à tous les niveaux de la conscience personnelle et déclencher des réactions les plus diverses.

Le vécu d’un rite est donc très complexe, tant pour celui qui le vit, y participe, que pour celui qui le dirige (officiant) ou l’accompagne (maître de cérémonie).

 

Sur le registre des émotions

 

La douleur suite à la perte d'un proche

La douleur émotionnelle évolue quasiment à l’identique de la douleur.

Dans cette dernière, il y a alternance du temps de traumatisme et de réparation, de douleur pénétrante (traumatisme) et déferlante (réparation).

Psychiquement, l’épreuve de la mort d’un proche place l’endeuillé dans une situation de repli douloureux sur lui (douleur pénétrante).
La seule façon d’en sortir consiste à extérioriser le choc affectif et ce processus ne peut s’effectuer que progressivement, par des efforts parfois douloureux (douleur déferlante) .

On distingue quatre étapes relationnelles de la douleur émotionnelle :

-        Une première qui est marquée par la confrontation de l’endeuillé à la reconnaissance du corps (réalisée soit dans la chambre où s’est déroulée l’agonie, soit à la morgue, soit à la chambre funéraire, soit au domicile après transport de retour). Cette étape, nous l’appelons «de toi à moi» car il s’agit, pour l’endeuillé, de réaliser un dernier dialogue avec le défunt en présence de son corps. A cette occasion, soit silencieusement et intérieurement, soit en formulation extériorisée, il est important que d’ultimes paroles soient prononcées ainsi que des gestes sensibles ou tout simplement une présence, avec ou sans regard direct.

-        Une seconde intervient ensuite pendant les premières heures et/ou les premiers jours qui suivent le décès. Nous l’appelons «de nous à toi» car le défunt se trouve placé au cœur des intentions et des conversations tenues entre les proches ou entre les proches et les personnes extérieures à leur deuil. Cette phase, douloureuse intervient comme une première prise de distance avec l’événement. Elle constitue le premier creuset d’échanges qui permettent tout à la fois d’exprimer sa douleur et de recevoir une aide extérieure.

-        La troisième, marquée par la cérémonie du dernier hommage, intervient comme un moment de basculement entre le temps consacré aux funérailles et le temps qui devient une durée pour se souvenir. Ce passage, consacré à la dernière étape en présence du corps et la nécessité de s’en séparer en lui donnant sa destination finale, se vit généralement comme une étape de partage et de solidarité entre les endeuillés et leur environnement social. C’est pourquoi nous l’avons appelée «de nous à vous». C’est le moment où l’endeuillé trouve l’occasion d’un exutoire de ses émotions, par des gestes, des mots ou tout simplement en tenant son rôle d’affligé devant une assistance venue vers lui par solidarité. Il est important que cette phase consacrée généralement à la tenue d’une cérémonie soit ponctuée par des occasions de manifestation de douleur d’une part et d’acceptation de l’événement malgré tout, d’autre part. A défaut d’accepter volontiers le décès, l’endeuillé doit tout au moins entériner clairement que celui-ci a eu lieu, soit explicitement, soit tacitement.

-        La quatrième, enfin, se construit sur un long marchandage, le temps du deuil. Elle s’appuie sur les modalités pratiques du souvenir. Emotionnellement, se souvenir rejoint la notion de justice. Est-ce que la société se souvient de «mon mort» ou au contraire s’est-elle débarrassée de lui comme d’une chose sans intérêt ?

L’idée de la dignité et de la fidélité dues à la mémoire du défunt couronne l’attitude et l’expression de la souffrance des proches dans le temps. C’est pour cela que nous avons appelé cette étape «de vous à lui» car à travers l’oubli du défunt, c’est la peur de ne rien représenter lui-même aux yeux des autres qui terrifie ou scandalise l’endeuillé.

 

Intégrer l’événement en y trouvant du sens

 

Il existe des douleurs irréductibles dont la médecine n’arrive pas à soulager certains malades. Leur origine est mentale, dépassant les strictes limites du corps et le champ des émotions. Ces douleurs qui prennent racine dans notre esprit sont d’autant plus irréductibles qu’elles n’émergent pas forcément d’une base consciente. Notre esprit est double, maîtrisé ou non par notre volonté consciente. Le subconscient peut ainsi devenir notre puissant tortionnaire, qui s’impose d’autant plus brutalement qu’il n’est pas connecté avec une forme de logique.

Comme dans le domaine des émotions, on distingue dans le fonctionnement mental quatre étapes de l’endeuillé qui, bien que d’origine psychique, peuvent aussi engendrer une douleur émotionnelle :

-        1ère étape  «Où es tu ? ». L’impossibilité de continuer un dialogue interactif avec le défunt, son mutisme, sa froideur, crée une première crise dans la conscience de l’endeuillé. «Me voit-il désormais ? M’entend-il ? Va-t-il bien dans tous les sens du terme ? Se fait-il du souci pour moi ? Que ferai-je désormais sans lui ? » etc. Les questions se posent dans l’esprit de l’endeuillé qui hésite dans l’attitude à tenir à côté du cadavre, continue malgré tout à agir un peu comme si…

-        2ème étape  «Comment te laisser partir ?». Le corps d’autrui est un support de communication. Il nous sert à situer l’interlocuteur dans notre espace, ce qui nous permet de tenir une relation avec lui. Supprimer le corps du défunt, c’est supprimer aussi la condition qui nous permettait de vivre notre relation avec le défunt. D’où la crise qui survient lorsqu’il faut laisser partir le cadavre dans le sol ou le four. Notre esprit ne peut pas intégrer le paradoxe d’une perte volontaire concernant l’objet même d’un attachement profond. Cette situation engendre une bataille intérieure qui ressemble au sentiment physique de la brûlure. Elle peut engendrer par la suite des phobies et des cauchemars dont il est difficile de se débarrasser.

-        3ème étape «Comment te garder encore, au moins un peu si ce n’est pour toujours ?». L’accélération des évènements pendant les funérailles laisse ensuite la place à un grand vide qui demande une compensation immédiate. Garder un peu le défunt, ce peut être trouver quelqu’un pour le remplacer. Cela peut être un attachement fort à la tombe, une recherche de vieilles photos ou de souvenirs. Mais au-delà des diverses recettes, garder un peu son défunt, c’est inscrire sa marche personnelle dans les traces laissées par le défunt, c’est intégrer ce dernier en soi même. Aboutir dans cette recherche permet de passer à la quatrième étape.

-        4ème étape «Comment réinvestir dans la vie en se nettoyant mentalement du deuil ?». Même si à ce stade il est moins question de douleur, celui qui la vit doit produire d’importants efforts d’adaptation et muter dans sa personnalité pour pouvoir passer à autre chose. C’est un travail intérieur qui demande de la patience et de l’énergie, ce que certains appellent de l’optimisme

Les étapes du deuil

Souffrir dans son corps

 

L’endeuillé vit aussi une épreuve physique quand il perd un proche. La violence des manifestations pendant les premiers jours entraîne le plus souvent l’intervention du médecin car les fonctions élémentaires peuvent être troublées (sommeil, digestion etc.). Si dans l’immédiat du décès, le physique de l’endeuillé n’est pas une cible visée par un rite en particulier, il n’en va pas de même ensuite. Marcher s’impose souvent comme la réaction la plus élémentaire (fondement même des convois à pied). Pendant les années du deuil, marcher devient alors une forme de rite permettant avec récurrence à l’endeuillé de faire le point avec sa situation et son état de conscience.

Sur le registre physique, on oublie souvent l’importance des stimulations physiques.

Même si par définition la vue est un sens très «spirituel», on a besoin dans les moments les plus difficiles d’apercevoir de la beauté pour contrebalancer ce qui nous blesse ou nous fait peur : la majesté d’un endroit pour veiller ou célébrer, la flamme des bougies ou la spécificité d’un éclairage, la beauté des fleurs, un portrait etc. …et même le visage des enfants ou celui des amis.

Réagir physiquement à l’occasion des funérailles s’insert dans la logique universelle de l’usage des cinq sens. On voit tout d’abord (à première vue), ensuite on sent (plus ou moins bien ou mal une ambiance, une personne, une situation), puis on entend (c’est de l’écoute mais aussi de l’entendement, donc de la compréhension), on s’implique alors en saisissant, en pratiquant (caresser, saluer, marcher, toucher etc.) et enfin on assimile (manger, boire, «avaler la pilule»).

Les rites funéraires s’inscrivent dans cette logique de mise en œuvre de nos cinq sens, doublement d’ailleurs.
Chaque étape des funérailles sollicite les cinq sens et le professionnel réellement maître de son art en maîtrise toutes les subtilités au service des personnes qu’il doit aider et protéger. Mais au fur et à mesure de l’avancée dans les étapes des obsèques, tel ou tel sens prédomine selon la progressivité universelle qui est décrite plus haut.

Connaître et mettre en œuvre les rites est une voie de connaissance profonde de l’être humain.

 

Les rites, réconciliation de l’homme avec lui même

Le deuil et les rites funéraires

Le tour d’horizon sur l’expérience du deuil permet de mieux discerner l’intérêt des rites funéraires. Aucune explication de ceux-ci n’est possible autrement.

Comme on le constate, leur terrain d’application doit prendre en compte les circonstances du décès, les croyances en présence, tant du défunt que de ses proches. En outre, il existe une chronologie incontournable des étapes rituelles. En sauter une est impossible, tant sur le plan des émotions que des concepts mentaux, conscients ou inconscients.

Confié aux bons soins d’intervenants maîtrisant le sujet, l’endeuillé s’engage dans un processus progressif qui lui permet d’extérioriser le choc qui l’atteint et de s’en remettre doucement.
Les rites que proposent les différentes sensibilités en présence dans notre société peuvent apparaître superficiellement différents. En réalité, s’ils s’appuient sur une tradition séculaire, tous convergent pour respecter une sorte de canevas universel. Partout, dans toutes les traditions, on peut retrouver ce schéma en quatre temps qui ponctue nos idées et nos émotions. Les lieux de culte, mais aussi les professionnels funéraires sont détenteurs d’une culture propice à la mise en œuvre de l’action salutaire et soignante des rites.

Mais faut-il considérer l’endeuillé comme un malade ? Probablement pas, mais comme un être en mutation forcée, pleurant comme un bébé peut le faire à la maternité. Comme lui, il ne sait pas, il ne domine pas ce qui lui arrive. Mais comme lui, un potentiel de croissance arrive. Contrairement à toutes les autres circonstances de la vie, la mort d’un proche comporte une force initiatrice qui propulse la conscience d’un individu un peu plus loin que ne le permet son quotidien. Les endeuillés souffrent, certes, mais donnent souvent le meilleur d’eux même à cette occasion et entament à cette occasion un long parcours de maturation…