Un peu d’histoire…

La coutume d’inhumer dans une construction maçonnée date, en Occident, de la civilisation romaine. A cette époque, la mort est considérée comme un long sommeil et selon cette conception, le caveau est une sorte de chambre à coucher. Les premiers caveaux étaient des tunnels creusés dans la pierre (loculi), correspondant aux enfeus d’aujourd’hui (cases hors sol). Pour ce sommeil à durée indéfinie, les défunts ont progressivement été réunis en famille (culte des mânes, ancêtres), ce qui a entraîné la création de caveaux-cabines où les corps sont déposés sur des sortes de couchettes, comme cela se pratique encore aujourd’hui (hayons sur lesquels sont disposés intérieurement les cercueils). La réunion des défunts en famille a également développé le concept des chapelles monumentales, similaires au «domus familiae», domicile familial reconstitué. Bien souvent, la construction en surface d’une chapelle et en sous-sol d’un caveau forme un ensemble qui équivaut pour la mort à ce que le domicile familial a été pendant la vie.

…Et beaucoup de non-dit. Le désir de maçonner le sol qui reçoit le défunt relève d’une volonté de protection du défunt. En cela, on peut dire que l’enveloppe du caveau complète celle, protectrice également, du cercueil. Il s’agit toujours d’éviter une pression de la terre sur le cercueil (et donc ensuite sur le corps) une fois l’inhumation réalisée.

Dans l’esprit de certaines familles, la protection attendue de la cavité abritant le cercueil devrait aussi s’étendre à une garantie contre l’humidité.

D’ordre psychologique, cette attente ne repose pas sur une réalité concrète (nous revenons plus loin sur cette question).

Autre motivation sous-entendue dans l’achat d’un caveau : le besoin d’affirmer une identité au-delà de la mort. Ce peut être la volonté de mémoriser un couple, une famille, une personne notable. Le caveau participe, avec le monument, à la volonté d’affirmer aux visiteurs du cimetière la qualité des personnes inhumées sur place et le respect qui doit s’y associer.

La confirmation de ce principe se vérifie par l’inverse du respect : la violation de sépulture et à fortiori du caveau signifie une négation du respect dû au mort, équivalant aussi à un défi adressé aux survivants concernés par la tombe (prise de pouvoir sur les vivants par la violation des tombes de leurs morts, motivation caractéristique d’une volonté de revanche humiliante dans les cimetières des anciennes colonies d’Afrique du Nord, par exemple).